Itinéraire Algérie

Voyages Augustin

I. Les Voyages

Augustin, voyageur récalcitrant

Une première impression d'ensemble s'impose à l'auteur à laquelle une mentalité d'historien ne peut que souscrire, le visage du Patriarche de l'Occident a tout à gagner d'une présentation concrète, inscrite dans son milieu historique et les particularités circonstantielles de son existence dont la question des déplacements fait intimement partie. Un maître en philosophie, en théologie et en mystique comme Augustin, même habituellement plongé dans la solitude et le silence de sa réflexion ou de sa prière, n'est pas qu'un homme vivant en chambre. Il est appelé volens nolens, par les obligations de sa charge épiscopale, à visiter ses fidèles, à prêcher souvent et en de multiples lieux, et à rencontrer pour les besoins de son ministère nombre de collègues et de relations plus ou moins éloignés de lui. L'évêque d'Hippone ne cache pas son aversion pour les voyages quelles qu'en soient les raisons données: état de santé, coût, dangers, mauvais temps, travail absorbant … Avec l'âge, leur présentation ne fait que s'amplifier en de longues plaintes auxquelles nous aurions tort de souscrire littéralement si nous devions retenir la seule image d'un Augustin, moine érudit restant dans sa cellule bourrée de manuscrits, au détriment d'une autre toute aussi réelle, celle du pasteur qui, par souci de ses brebis, malgré une santé précaire, doit se porter très souvent partout ou il est réclamé pour visiter, instruire et exhorter les communautés catholiques de son diocèse d'abord, mais également bien au-delà. Malgré ses dires, malgré ses préférences pour une vie sédentaire, l'activité débordante de saint Augustin a exigé de lui, même à contre-cœur, de nombreuses courses par tous les temps, ce qui n'a fait de son cas d'ailleurs ni un funeste exemple d'évêque vagus ni un premier martyr de l'obligation de résidence !

Topographie augustinienne.

Si nous passons à l'examen appliqué d'une chronologie des voyages d'Augustin, nous serons vite d'ailleurs détrompés sur l'image ambiguë de l'évêque-ermite que l'intéressé lui-même s'est complu parfois à donner. Il ne faut pas moins de 270 pages à Othmar Perler pour les énumérer successivement selon les lois d'une biographie progressive. Il les classe minutieusement en deux séries, les voyages antérieurs à l'épiscopat ( c'est-à-dire avant 395 ) et les voyages durant l'épiscopat ( de 395 à 430 ), coupure qui a le mérite de mettre en exergue dans la première série le seul voyage au long cours qu'ait consenti Augustin, durant une existence pourtant fort pérégrinante, le périple en Italie, de 383 à 388, au temps de sa jeunesse de professeur de philosophie. Carte en main, il nous est possible de suivre le tracé de cette géographie augustinienne. L'avantage est de nous familiariser avec des noms de lieux antiques, la plupart enfouis dans les ruines de nos études classiques, sans que nous ayions eu la chance de nous aventurer, comme l'auteur, sur les vastes champs africains pour des excursions archéologiques. Il faut dire que, par le temps qui courent, les horizons de l'Atlas algérien fourmillent, dans le climat troublé de la guérilla islamiste, de dangers sauvagement illustrés qui ne sont pas plus imaginaires que ceux rencontrés par le berbère Augustin à l'époque des dissensions donatistes et manichéennes !

 

Sur les pas de saint Augustin en Afrique.

Invitation au voyage rêvé, déplions la carte de géographie, en épinglant au passage quelques indications de lieux données au IV ème siècle:

Thagaste (note 5), berceau d'Augustin, petite cité nord-africaine située à 675 m. d'altitude sur le versant sud des Monts de la Medjerda, aujourd'hui Souk-Ahras, à l'intersection de plusieurs routes romaines importantes par ou transitent les lourds transports militaires en plus des voitures du cursus publicus et celles de personnes privées: Hippone-Carthage par Naraggara ( Sidi Youssef ) et Sicca Veneria ( Le Kef ) et Carthage-Cirta ( Constantine ). Augustin garde de son lieu d'enfance le souvenir inoubliable des chars sortant des écuries dans un bruit de tonnerre. Pas étonnant qu'avec tous ces croisements de voies, le petit provincial qu'il était, ait été un jour tenté de prendre la sienne !

Madauros ou Madaure, localité située à 30 km à vol d'oiseau au sud de Thagaste ou Augustin fait ses études de grammaire jusqu'en 369, est à l'époque un important centre culturel et une ville florissante élevée sous les Flaviens au rang de colonie romaine. Augustin n'ignore pas qu'elle est la partie d'un rhéteur connu du II ème siècle de 1 ère chrétienne, Apulée, s'exprimant avec aisance aussi bien en grec qu'en latin, dont il lira plusieurs ouvrages et dont il regrettera plus tard que son œuvre l'ait imprégné d'anecdotes mythologiques frivole. Madaure est également le berceau d'un contemporain d'Augustin, Maximus de Madaure, connu comme un grammairien adversaire du christianisme, dont on ne peut affirmer que le jeune Augustin ait suivi les cours. Madaure, entourée d'oliveraies, est enfin une cité épiscopale, dès le IV ème siècle, dont les témoignages archéologiques sont encore aujourd'hui plus éloquents que ceux de Thagaste dont le site reste à fouiller.

Carthage (note 8), la grande métropole de l'Afrique romaine, située dans le golfe de Tunis, est une étape majeure dans le parcours intellectuel d'Augustin. Grâce à la libéralité de Romanianus, après la mort de son père Patricius en 371, l'adolescent Augustin peut y poursuivre sa formation de rhéteur entre 370 et 374. Il s'y détache du catholicisme pour embrasser le manichéisme, fortement déçu par la lecture de la Bible dont il regrette la faible valeur littéraire et grandement attiré par toutes les facilités que peut offrir à ses sens, éveillés par la puberté, la réputation de dévergondage de la grande cité qui honore Caelestis, la déesse protectrice de la ville. Il découvre avec ferveur l'Hortensius de Cicéron, les plaisirs de l'Odéon et du théâtre. La distance entre Thagaste et Carthage, de 259 km., se fait par étapes sur une voie routière importante, jalonnée de bornes miliaires, assez identique à la route moderne qui en compte 263 aujourd'hui. Mais le voyage est éprouvant en raison du relief, de longues vallées à traverser et des monts à escalader, comportant de nombreuses variantes qu'Augustin dans sa vie aura souvent le loisirs de découvrir dans ses trajets allers-retours, mais principalement à partir d'Hippone, sa villes d'étapes qu'a fréquentées Augustin sur le sol africain dans le cadre de ses prédications, de ses célèbres controverses anti-donatistes et anti-manichéennes ou encore pour ses participations aux conciles de Carthage entre 394 et 430; sans vouloir fruster le lecteur de sa légitime curiosité géographique, nous le renvoyons aux pages documentées et illustrées d'Othmar Perler qui peuvent amplement nourrir sa soif de dépaysement, en divertissant ses yeux sans éprouver son corps, mais surtout en lui conseillant de visualiser ce voyage virtuel à l'aide d'un atlas ou de cartes routières assez détaillées.

Augustin en Italie.

Le déplacement d'Augustin en Italie, de 383 à 388, est le seul grand voyage de sa vie. On sait comment l'étudiant, devenu enseignant de rhétorique d'abord dans sa ville natale de Thagaste, puis à Carthage dans une école publique, apprit à voler de ses propres ailes ( 375 / 376 ). Déçu devant l'indiscipline de son auditoire, il décide de gagner la capitale de l'Empire, trompant la vigilance de sa mère, Monique, pour prendre le bateau. Les Confessions sont laconiques sur la traversée de la Méditerranée, soit quelque 600 km en ligne directe, mais plus de 1000 en longeant les côtes de la Sicile ou de la Sardaigne et du rivage de la péninsule pour rejoindre Ostie ou plutôt Porto, navigation dite de cabotage qui par vent favorable devait prendre une semaine. Arrivé à l'embouchure du Tibre, Augustin gagne Rome par la via Ostiensis qui suit la rive gauche du fleuve et passe devant la petite basilique construite par Constantin le Grand sur la tombe de l'apôtre Paul. A Rome, Augustin est accueilli chez un manichéen. Il doit d'abord se soigner d'une forte fièvre et peut enseigner à domicile la rhétorique. Nouvelle expérience éprouvante ses étudiants, pour être plus disciplinés qu'à Carthage, n'en sont pas moins décevants, changeant de professeur sans avertir pour ne pas régler ses honoraires. Grâces à des amis manichéens bien en cour, Augustin brigue un poste à Milan, nomination qui lui assure une notoriété publique. Le transit Rome-Milan, réalisé à l'automne 384, lui est facilité par les services officiels du cursus publicus, de façon à franchir les 616 km qui séparent la capitale de l'Empire de la résidence impériale occidentale, avec des étapes quotidiennes de 30 à 35 km par jour, ce qui prend au total une moyenne de 30 jours de transport sur la Via Flaminia jusqu'à Rimini, puis la Via Emilia, de Plaisance à Milan. Là l'évolution intérieure du professeur, travaillé par la grâce ( scène fameuse du jardin ), suite à la rencontre de l'évêque Ambroise, à l'influence de Monique qui a quitté l'Afrique pour rejoindre son fils avec Adéolat et sa mère, aux conseils du prêtre Simplicianus, à l'exemple de Marius Victorinus à Rome et d'un saint Antoine en Egypte, à la lecture des écrits johanniques et pauliniens, le conduit à la décision capitale d'embrasser le catholicisme. Augustin donne sa démission de l'enseignement et se retire à Cassiciacum. Cette localité de Cassiciacum, à quelque 30 ou 50 km de Milan, a suscité des controverses de Brianza ou de Casciago qui peuvent dirimer entièrement la question. Il nous suffit de savoir que ce lieu en altitude, avec un groupe d'amis et de disciples, est favorable à de longues discussions philosophiques et au travail souterrain de la grâce qui va emporter la décision d'Augustin de demander le baptême, après qu'il ait bénéficié de la vie champêtre de Cassiciacum, dans une maison de campagne romaine mise à sa disposition par un collègue et ami milanais, le grammairien Verecundus. Au cours de la nuit du 2 au 25 avril 387, Augustin, son fils Adéolat et son ami Alypius reçoivent le baptême à Milan de la main même de saint Ambroise, dans un des baptistères de la capitale lombarde. Il prend alors la décision de quitter Milan pour se retirer du monde et aller vivre comme un moine en Afrique son idéal religieux et philosophique. C'est au cours de l'été 387 qu'Augustin et les siens font le trajet inverse Milan-Rome, mais cette fois à ses propres frais, avec moins de confort et plus de fatigue. La dernière et célèbre étape d'Augustin en terre italienne est le port d'Ostie ou meurt Monique (note 12) à 56 ans, port à l'époque ensablé et remplacé par la rivale Porto. Durant l'hiver 387, Augustin accomplit un deuxième séjour romain, attendant des jours meilleurs pour la traversée et se livrant déjà à une activité littéraire au service de l'Eglise contre ses adversaires, ses anciens amis manichéens. C'est sans doute en août 388 que, depuis Ostie, il regagne la terre africaine, Thagaste via Carthage, sans nous donner le détail de sa navigation. Il se retire dans la solitude d'un petit monastère, se livrant pendant trois ans à l'otium tant désiré, ce temps privilégié partagé entre la prière de contemplation et les travaux de plume, sans pour autant éviter quelques absences assez longues mais non localisables.

Augustin, prêtre et d'évêque d'Hippone.

Augustin qui n'en a pas fini avec son désir d'une vie sédentaire, va connaître l'épreuve d'une autre forme de vie que celle de la stabilité monastique. Qu'il suffise de rappeler ici que le jeune néophyte, devenu prêtre malgré lui en janvier 391, va adopter comme résidence la ville d'Hippone-la-Royale, ce port méditerranéen sur le site actuel de Bône, aujourd'hui Annaba (note 14). La ville est une ancienne colonie phénicienne du XII ème siècle avant J.C., élevée au rang de capitale par les rois de Numidie. Son qualificatif de 'royale' la distingue d'une autre Hippone, Hippo Diarrhytus ou Zaritus, aujourd'hui Bizertz enTunisie. De 396 à 430, elle a pour évêque Augustin, remplaçant le valétudinaire Valérius, grec d'origine, qui se plaignait du manque de prêtres et auquel le peuple rassemblé proposa Augustin. Déjà ce dernier, seulement prêtre, est invité à participer au concile général d'Afrique, convoqué par Aurelius de Carthage en octobre 393 et tenu à Hippone. Tout en limitant et réglementant les voyages privés des ecclésiastiques pour les forcer à garder la résidence, le concile d'Hippone impose aux évêques l'obligation de déplacements pour une session conciliaire annuelle, décision qui est à la source des futurs nombreux voyages d'Augustin, sacré évêque entre mai et juin 395. Cette charge tant redoutée va l'entraîner en effet à de très nombreux déplacements jusqu'à la fin de sa vie déjà dans les limites d'un diocèse étendu, mais également en dehors d'elles: visites pastorales, conciles provinciaux et pléniers, mission ecclésiales confiées à un homme d'Eglise dont l'autorité ne cesse de croître en raison de ses succès de pasteur, de prédicateur, de controversiste, de théologie et d'écrivain. De Thagaste à Hippone, la route ancienne indiquait un distance de 78 km, correspondant à un voyage de deux jours tandis qu'en raison de ses nombreux lacets et de ses inclinaisons plus douces, la jonction actuelle dépasse les 100 km. A côté du noyau phénicien et numide aux ruelles irrégulières, s'éleva la ville romaine d'Hippone avec des rues droites, un forum, des temples, des thermes, un théâtre et un amphithéâtre, des fontaines, de somptueuses villas, des commerces et des installations portuaires (note 15).

Par monts et par vaux, un évêque sans frontières.

Ce survol aérien des voyages de saint Augustin invitera le lecteur passionné d'histoire, de patristique ou d'archéologie à quelques pèlerinages sur les lieux mêmes parcourus par l'évêque d'Hippone en son temps, du moins en intégralité quand des conditions nouvelles le permettront en toute sécurité pour la partie algérienne. Nous ne sommes pas sûrs d'ailleurs que, même avec les moyens modernes de transport à notre portée aujourd'hui, il pourra égaliser en un seul périple le nombre de km qu'Augustin a totalisés en 25 ans! Pour lui permettre de préparer ces heureux jours, contentons-nous ici de dresser la liste des indications géographiques, classées selon un ordre chronologique, qui émaillent ses écrits et que recense avec patience M. Perler, en dehors des toponymes déjà inventoriés ci-dessus:

  • Hippone-Mutugenna ( 392 ou 393 ), Mutugenna devant être une localité de villa dans les parages d'Hippone et du castellum Sinitii,
  • Hippone-Thubursicu Numidarum et Cirta ( 395 ), Thubursicu Numidarum devant être identifiée à Khamissa en Algérie, distante de 87 km d'Hippone en direction de Constantine ( Cirta ),
  • Voyage en Numidie ( 396 ), sans autre précision,
  • Carthage-Hippone par Bulla Regia ( 399 ), cette dernière localité étant identifiée à l'actuelle Hamman Darradji ( Tunisie ), distante de 191 km de Carthage,
  • Déplacement en Numidie : Cirta ( Constantine ) en 400, soit par Aquae Thibilitanae, l'actuelle Hamman Meskoutine, ce qui représente entre 139 et 146 km, soit par Calama ( Guelma ) dont l'évêque est depuis 397 l'ami d'Augustin, Possidius,
  • Carthage-Hippone par Hippo Diarrythus ( 400 ), l'actuelle Bizerte en Tunisie, soit entre 84 et 90 km,
  • Hippone-Thiava et Milev ( 402 ): Thiava ou Thiaba ou Thiabena n'a pu être identifiée. Milev se trouve au-delà de Cirta en direction de Sitifis, à environ 30 km. La cité est située à 464 m. d'altitude dans la vallée d'un petit affluent du Rummel, au milieu des montagnes de la Kabylie de Collo, patrie du plus célèbre évêque manichéen d'Afrique, Faustus.
  • Hippone-Calama, cette dernière étant l'actuelle Guerma, comme nous l'avons dit plus haut, distante de 65 km au sud-ouest de l'évêché d'Augustin ,
  • Hippone-Carthage par Sicca Veneria à l'aller ( 410 ), cette dernière étant identifiée à l'actuelle Le Kef, une ville importante de l'Afrique Romaine qui doit son qualificatif de Veneria à un temple fameux à une déesse que les Romains avaient assimilée à Vénus, patrie d'Arnobe. Sur ce trajet, Augustin traverse Utique, aujourd'hui Bordj Bou Chateur, à 40 km de Carthage sur la route de littoral , autrefois cité portuaire qui avait supplanté Carthage détruite, mais qui au V ème siècle n'avait plus de fonction maritime, à cause des alluvions de la Medjerda et du déplacement du delta du fleuve. Utique est distante de 53 km de Bizerte.
  • Hippone-Fussala ( 411 ), ce dernier bourg étant distant de 60 km d'Hippone
  • ( Henchir-Zerta? ),
  • Hippone-Zerta26 ( 412 ), cette dernière localité ne pouvant être identifiée avec certitude et étant attestée sous différentes formes altérées ( Zertensi, Zerhtensi, Czertznsi, Xertensi ou Certensi ), peut-être l'actuelle Henchir el-Mergueb en Algérie, près de Merkeb-Talha, ville située à 130 km à vol d'oiseau au sud-ouest d'Hippone,
  • Hippone-Cataquas ( 414/415 ), cité épiscopale non identifiée,
  • Carthage--Césarée de Maurétanie-Hippone ( 418 ): Césarée de Maurétanie, alors capitale de cette province, se trouve à vol d'oiseau à plus de 700 km de Carthage, soit à 500 km à l'ouest d'Hippone. C'est l'actuelle Cherchel en Algérie.
  • Tubunae en Maurétanie ( 421 ? ) : cette localité est située à 469 m. d'altitude, à la frontière de la Numidie romaine et du nord-Sahara, jouant le rôle d'une place de garnison pour maintenir les populations de la région en respect. De Carthage, on s'y rendait par Musti, Theveste ( Tébessa algérienne ), Thamugadi ( Timgad ) et Lambaese ( Lambèse ), soit environ 620 km. D'Hippone, le meilleur itinéraire passe par Cirta et Diana Vetenanorum ( Aïn Zana ).
  • Carthage-Hippone par Uzalis ( ? ) en 424 ? : Uzalis, El Alia, est située entre Hippo Diarrhytus ( Bizertz ) et Utique, un peu à droite de la route principale.

 

L'ultime Voyage.

Enfin nous ne serions pas fidèles à l'esprit d'Augustin, si nous ne mentionnions pas son 'ultime voyage', celui dont il dit lui-même qu'il est le seul auquel on doit penser, le départ de cette terre, qui eut lieu pour Augustin le jeudi 28 août 430, à l'âge de 73 ans( note 31), alors que les Vandales de Geiséric assiègent Hippone depuis trois mois. L'infatigable voyageur a trouvé la véritable demeure de toute paix ou la contemplation se mue en voyage immobile.

 

 Enfin nous ne serions pas fidèles à l'esprit d'Augustin, si nous ne mentionnions pas son 'ultime voyage', celui dont il dit lui-même qu'il est le seul auquel on doit penser, le départ de cette terre, qui eut lieu pour Augustin le jeudi 28 août 430, à l'âge de 73 ans( note 31), alors que les Vandales de Geiséric assiègent Hippone depuis trois mois. L'infatigable voyageur a trouvé la véritable demeure de toute paix ou la contemplation se mue en voyage immobile.

 

 

II. Techniques et moyens de communication

 

 Sur terre et sur mer, mêmes impératifs et mêmes fonctions.

Les Anciens ne connaissaient que deux manières de se rendre d'un endroit à un autre, la voie de terre ou la voie d'eau. Augustin, à part son périple en Italie ( aller en 383 et retour en 388 ) n'a plus refait l'expérience de la navigation, alors que sa ville épiscopale, Hippone, est un site portuaire et qu'il s'est adressé bien des fois à des marins. Pour les voies de terre, on sait que les Romains, pour des raisons militaires et stratégiques, ont construit un remarquable réseau routier en Afrique du Nord, comprenant les viae vicinales, réseau de routes secondaires, plus étroites comme nos départementales, qui relient entre elles les grandes routes publiques et établissent un maillage plus serré au niveau de l'habitat. Enfin de nombreuses voies privées pénètrent les grands domaines, à la façon de nos chemins de desserte, encore plus étroites et sans grande signalisation. Des ouvrages d'art, exercices techniques dans lesquels les Romains sont passés maîtres, enjambent les rivières ( ponts ) ou les fleuves. Pour les autres difficultés du relief, gorges de montagne, routes en encorbellement, les solutions techniques sont proportionnelles aux moyens de l'époque, c'est-à-dire finalement modestes. On ne peut percer la roche que sur de très courtes distances. De préférence, le réseau routier romain préfère la ligne droite qui établit des distances minimales, même dans le cas d'un relief élevé ou difficile comme c'est le cas en Afrique du Nord en raison de l'Atlas Tellien au Nord et de l'Atlas Saharien au Sud, ce qui accentue, le cas échéant, les fortes dénivellations et côtes. On évite le fond des cuvettes en plaine parce que ce sont des zones inondables, surtout à cause du régime variable des cours d'eau aux crues subites et fortes, les marais trompeurs qui se révèlent trop dangereux pour les voyageurs et trop faciles pour les embuscades, les steppes ou les sables qui sont une menace d'égarement pour le voyageur. De même, le tracé routier romain préfère les voies à mi-pente ou en bordure de côte, à flanc de coteau parce qu'un relief découvert offre trop de facilités pour toutes les formes d'insécurité que sont le pillage et la brigandage. L'Afrique du Nord, de la Proconsulaire à la Mauritanie, comprend des populations nomades dont une des formes d'apprivisionnement consiste à rançonner le voyageur ou à le surprendre en chemin, par exemple dans une gorge étroite au fond d'un ravin ou d'un défilé de montagne. Ce triple impératif de sécurité, de vitesse et de 'praticabilité' est toujours à conjuguer localement par les ingénieurs techniques de la chaussée en fonction du relief très particulier des régions colonisées, de leur climat et des moyens financiers disponibles. Concrètement aussi la circulation a plusieurs fonction bien compréhensibles: stratégique et militaire pour les garnisons et les campagnes d'expédition en vue de conquêtes ou de pacifications, économique pour tous les transports de marchandises et des échanges, spécialement pour le service public de l'annone chargé d'approvisionner les greniers de Rome en blé d'Afrique ( les 2/3 de la consommation publique annuelle ), en huile, en lard et en bois de chauffage, enfin fonction privée pour toutes les activités ou nécessités d'un particulier, quel que soit son rang ou son état.

Structure de la route romaine

On ne manque pas de vestiges de voies romaines pour en connaître parfaitement le détail, mais il y a loin, pratiquement, de la perfection technique et générale décrite par Vitruve ou Stace, de la réalité concrète. La création de routes, leur entretien et leur sécurité coûtent cher au budget de l'administration, supportée par les provinces. Idéalement, la route est soigneusement dallée, très souvent au départ et à l'arrivée des localités ou près des travaux d'art. Secondairement, la route se compose de quatre couches très minces, la dernière étant formée de pierres irrégulières, pavées ou non. En troisième lieu, la chaussée est faite d'un assemblage de petites pierres et de gravier, avec pavage ou dépourvue de tout empierrement, pour n'utiliser que le sol naturel. Enfin on trouve aussi des voies taillées dans le roc en zone montagneuse ou sur un banc rocheux. Même variation pour la largeur de la chaussée: de Carthage à Théveste et de Carthage à Hippone, elle se déploie sur une largeur comprise entre 6 à 7 m; entre Hippone et Tipasa, les archéologues ont retrouvé des portions comprises entre 8 à 12 m, mais de Cirta à Rusicade seulement entre 3,50 m et 7,20. Les ornières qui par endroits sont encore très visibles de nos jours sont dues tantôt à l'usure, tantôt au ciseau: elles permettent aux voitures à essieux fixes d'avancer plus rapidement et plus sûrement. Des bornes miliaires, échelonnées de mille en mille, mesure romaine tous les 1480 m indiquent les distances et donnent quelquefois aussi la date de leur érection ou d'autres faits, un peu à la façon de nos monuments commératifs.

Le voyageur sur la route

Comment voyage-t-on à l'époque d'Augustin ? La réponse est simple, toujours relative aux moyens financiers du voyageur. S'offrent pour lui les solutions alternatives suivantes: la marche à pied, solution la moins coûteuse sans doute, mais pas la moins fatiguante; possibilité de la monture, du cheval le noble coursier, à l'âne, au mulet ou au chameau, animaux de charge, de trait ou de selle plus communs ou plébéiens; solution enfin de la voiture sous ses différentes formes, de la voiture légère comme l birota ou la vereda pour la poste, à la voiture moyenne comme la rheda ou le cursus pour la personne et la marchandise légère, ou encore de la voiture lourde comme l'angaria ou la clabula pour les transports lents et le pondéreux, tous moyens utilisés ou évoqués par Augustin. La route à pied est possible, au moins sur une courte distance, avec un chargement réduit. En été, le piéton, le chemineau ou le pèlerin peut jouir d'un beau soleil et de beaux paysages, mais il n'évite pas toujours la poussière de la circulation, du vent, de la tempête ou la pluie d'orage. Il est à la merci de mauvaises rencontres gens ou bêtes sauvages, et de tous les imprévus du chemin. L'hiver, les déplacements ne sont guère conseillés et, si nécessité s'impose, le voyageur doit pouvoir affronter les particularités du climat local. Sur la route du littoral africain, la nuance tempérée est plus favorable aux risques encourus, mais à l'intérieur des terres, l'Afrique connaît la tendance continentale aux nuits glaciales et aux écarts de température maximaux. Augustin qui ne dispose pas d'une constitution physique exceptionnelle, craint la fatigue, la fièvre et l'extinction de voix bien gênante pour un pasteur / prédicateur; avec l'âge, il n'entreprend pas à la légère un déplacement, même imposé par sa charge. Le long de la route, il peut se reposer dans les masiones pour y passer la nuit, prendre un repas et refaire ses forces. Toutes ces auberges, diversement nommées ( Tabernae, diversoria, hospitia, stabula ), n'ont pas une réputation vertueuse établie. De son temps comme du nôtre, le voyage est une aventure dont les anecdotes peuvent égailler plus d'un sermon ou d'une conversation! La course à cheval a l'avantage de la vitesse sur le piéton ( 30 km / heure, en moyenne ). Mais le cheval, considéré comme une monture de luxe, fatalement réservée aux personnes riches, nobles, haut placées, aux militaires gradés et aux chasseurs, symbole d'honneur et de grandeur, ne convient pas selon Augustin, au clerc et encore moins à celui qui fait profession de pauvreté évangélique. Il se contente du mulet et de l'âne, ses modestes montures habituelles, dont il ne manque pas de trouver des précédents dans l'Evangile, même si en bon Numide il n'ignore pas l'art de l'équitation à cheval. Les Romains connaissent l'éperon, mais pas l'étrier: monter sur une bête de somme et en descendre sans blesser exige une certaine habileté et de la force et, en certains cas, de l'aide. L'animal peut éventuellement être récalcitrant. C'est une des raisons pour lesquelles Augustin se déplaça aussi en voiture. On sait que, personnage officiel mûni du diplôme adéquat, il fit Rome-Milan en cursus publicus, voiturage le plus confortable et le plus rapide avec un maximum de 180 km par jour, à raison de 7,4 km à l'heure et grâce aux relais d'étapes, les mutationes établies toutes les 10 à 12 milles ( 15 à 18 km ), mais trop coûteux ensuite pour la bourse d'un évêque. A partir de Constantin, ce personnage jouit fréquemment de la faveur du cursus publicus pour se rendre à un synode, à un concile ou même pour toute autre affaire, mais bien des voix ecclésiastiques ou païennes ne manquent pas de flageller ces abus ou encore d'ironiser sur les nouveaux profiteurs des transports publics. Augustin fait plus souvent le choix commun de la rheda, le char à quatre roues, tiré par 8 mulets en été et 10 en hiver, moins confortable et plus lent, ou le voyageur ne peut échapper à la gêne des bagages, à la lourdeur du véhicule, qux cahots des ornières, aux saillies de tous les obstacles de la route, racines, pierres, pentes, côtes qu'évite habituellement le coursier. Quant aux moyens de condition supérieure, comme la litière ( lectica ) ou chaise à porteur ( basterna ), ils sont réservés exceptionnellement en cas de maladie ou lorsque l'âge et les infirmités lui interdisent l'usage d'une monture ou d'une voiture. Pour la sécurité des grandes voies, les Romains établissent le long des axes routiers importants, en plus de mansiones déjà signalées et de mutationes ou l'on change les animaux de trait, des fortins, des tours de guet et des garnisons militaires. Car l'une des plaies du voyage antique, notamment en Afrique, est le brigandage. Il se teinte là du nationalisme opposé à l'envahisseur romain et du sectarisme religieux. Ces brigands appelés circoncellions dressent des pièges pour s'emparer des bêtes de sommes et des bagages, pour dépouiller les voyageurs de leurs biens, no sans les maltraiter et parfois les torturer ou les tuer. Ils opèrent de préférence sur les chemins de traverse, les routes de montagne, dans les gorges escarpées qui ne manquent pas en Numidie. Au cri de Deo laudes, ces 'soldats du diable' fondent sur leurs proies comme des lions, munis de frondes, de hâches, de pierres ou de lances. Malheur alors le voyageur isolé auquel cet imprévu du chemin s'ajoute à la liste déjà longue des difficultés prévisibles de la route : faim, soif, accident, maladie. Il n'a pas toujours le loisir d'en réchapper et d'en raconter les péripéties! Déjà longue des difficultés prévisibles de la route: faim, soif, accident, maladie. Saint Paul déjà évoque le souvenir de ses courses apostoliques pleines d'embûches dans le monde romain32, en des termes qui ne font que renforcer ceux de l'évêque d'Hippone trois siècles plus tard. Il serait faux cependant de s'imaginer que les voyages de l'époque ne comprenaient que des peines ou des dangers. Ils offraient des agréments pour les plaisirs des yeux, du dépaysement touristique ou de la joie de rencontres, à l'aller comme au retour, tout à fait assimilables à ceux que nous pouvons éprouver aujourd'hui.

Augustin en mer.

Il reste à évoquer, avec les yeux et les expression d'Augustin, la seconde forme de pérégrination qu'il a connue, le double voyage en bateau d'Afrique en Italie et d'Italie en Afrique. Toute sa vie, il est resté familier de la voie terrestre, surtout l'axe Hippone-Carthage, par littoral et par l'intérieur. Sa constitution physique ne lui permet pas selon lui de choisir le bateau entre ces deux ports méditerranéens. A la question d'une santé déficiente, il ajoute d'autres raisons: l'impossibilité de trop longues absences, à cause de sa charge, les peines et les dangers de la navigation mais aussi ses horaires très variables et imprévisibles qui sont liés pour l'appareillage à la levée de la brise et au vent favorable. D'une façon générale, la période hivernale, qu'encadrent les deux équinoxes, est tout à fait déconseillée, la mer risquant d'être mauvaise. Seul l'appât du gain pousse les navigateurs marchands, intrépides ou téméraires, à se lancer avec leur équipage et leur cargaison en haute mer et à affronter, le cas échéant, tous les risques d'une tempête et d'un naufrage ruineux pour l'armateur.

Us et coutumes de la navigation antique.

Les écrits d'Augustin, si avares de détails sur les conditions concrètes de sa double traversée, sont cependant prolixes d'expressions propres ou techniques ayant trait à la navigation. On distingue deux sortes de navires, les navires marchands plus lourds ( naves onerariae ) qui peuvent affronter la haute mer, et les navires côtiers ( naves orariae ) qui pratiquent la navigation de cabotage, à proximité du littoral et progressant d'île en île. Le mode de propulsion pour les premiers est la voile, pour les seconds, de préférence, la rame, mais bien des navires conjuguent les deux. Quant au moment des départs pour les voyages, on sait que les marins préfèrent fréquemment la nuit à cause des étoiles qu'ils utilisent pour se diriger. Tandis que les passagers doivent rester sur le pont, à la merci, jour ou nuit, du soleil, de la pluie et surtout du vent et du froid, le pilote ( gubernator ), ainsi qu'éventuellement un hôte de marque, peuvent s'abriter dans l'unique cabine. Selon la force des vents, favorables ou contraires, la vitesse maritime oscille entre 4 et 12 km / heure, ce qui met l'Afrique du Nord entre 3 et 10 jours de navigation, selon le trajet retenu, pour couvrir les 600 km en ligne directe ou les 1.000 km en ligne indirecte. Les navires plus modestes font de fréquents arrêts, soit dans les ports eux-mêmes ( portus ) soit, en raison du temps, dans des endroits ou l'on peut jeter l'ancre ( postio ), soit là ou l'on peut débarquer en petites embarcations ( plagia ) et enfin, en cas de nécessité, dans des lieux de refuge ( refugium ). L'équipement du navire lui-même comporte ancre ( ancora ), cordages ( funes ), voiles ( vela ), gouvernail et voile de gouvernail à l'avant ( voile de beaupré, artemo ) qui correspond à l'actuelle voile d'artimon qui est placée, elle, malgré l'analogie étymologique, avec l'actuelle voile d'artimon qui est placée, elle, à l'arrière. Les marins se donnent du courage pour ramer en chantant le celeumé rythmé et cadencé. Autre élément indispensable, bien que nauséabond, qui inspire Augustin dans plusieurs métaphores spirituelles, la sentine ( sentina ), sorte de cuve qui recueille toutes les eaux usées et les ordures qu'il faut courageusement vidanger à l'aide d'une cruche ou d'une urne ( cadus, sitella ).

A maris periculis, libera nos Domine.

Quand le navire a le vent favorable en poupe, le voyageur enthousiaste peut admirer les paysages marins et côtiers; le pilote se fait d'ailleurs une joie à ralentir la course pour lui procurer de belles émotions ou impressions. L'atmosphère est bien différente quand les conditions météorologiques se gâtent et entravent la course: roulis, tangages, fortes vagues et lames par dessus bord, tourbillons, dangers des écueils, brouillard, tempête éprouvant alors l'équipage et les voyageurs transis de froid et de peur. Les estomacs se révulsent et restituent par dessus bord la pitance du jour. Si l'accalmie se produit, on respire; mais il ne manque pas d'épisodes tragiques qui se terminent par le naufrage, le sauve-qui-peut à la nage et la noyade (note 33). Saint Paul a fait les frais d'un naufrage à Malte. Ce n'est pas pour rien que l'Eglise a ajouté une litanie spéciale pour les navigateurs! Les fonds marins recèlent encore des spécimens d'embarcations que l'archéologie sous-marine a parfois la bonne fortune d'exhumer et d'exposer. Les hautes eaux de la théologie ou de la spiritualité, augustiniennes comprises, peuvent emprunter à l'expérience et à l'aventure maritimes de nombreuse comparaisons ou analogies parce qu'elles contiennent largement de quoi nourrir plus que l'imaginaire des hommes!

Agréments et pratiques des voyageurs.

Il serait un peu cruel d'en rester, à propos des voyages d'Augustin, à ces dernières images assez négatives. Les conditions de déplacements mêmes risqués comportaient aussi des agréments qui rendaient les voyages indispensables, sinon toujours désirables, du moins supportables. Les Anciens se déplacent volontiers en compagnie d'amis et en groupe, par mesure de sécurité sans doute, par nécessité aussi pour un évêque auquel les services d'un secrétaire sont précieux, mais aussi par goût. Sur les routes interminables d'Afrique du Nord, monotones, pittoresques ou accidentées, selon les caprices et variations du relief, en mer, on chante volontiers pour se consoler des peines et des fatigues de la course, pour accélérer le pas à la façon des militaires ou tout simplement pour refouler la crainte. On aime se saluer mutuellement, non seulement parents ou amis, mais tout individu que l'on croise fortuitement. Solidement chaussé ( calceamenta ), vêtu, en hiver, du manteau de laine ( birrus, d'ou le mot bure ) et, en été, de la lacerna avec capuchon, que l'on porte par dessus la tunique de lin, ou encore de la paenula, le manteau habituel du voyageur, Augustin se console de ne pas pouvoir suivre à la lettre les consignes de modération données par le Christ35 aux messagers de l'Evangile, si l'on en croit Luc: ni bourse, ni besace, ni souliers! Il ne peut pas non plus imiter les pratiques de mortification et de pénitence que d'autre s'imposent, tel Alypius marchant pieds nus sur le sol glacé d'Italie, à la façon de vaillants pèlerins. Mais on sait par ailleurs les préférences d'Augustin pour une tenue ni recherchée ni négligée, codifiée dans sa Règle. Un autre agrément du voyage est l'hospitalité. De tout temps, l'Eglise s'est préoccupée d'organiser et de pratiquer largement l'hospitalité. De tout temps, l'Eglise s'est préoccupée d'organiser et de pratiquer largement l'hospitalité que le Christ et les apôtres on recommandée, manifestation toute inspirée de charité dont AUGUSTIN a lui-même souvent bénéficié avant de la mettre en pratique dans le jardin de l'Eglise d'Hippone et dans sa maison épiscopale. On lui attribue même ce distique fameux pour prévenir tout esprit de médisance à la table des hôtes: 'Quiconque par ses propos aime déchirer la vie des absents doit savoir qu'il ne mérite pas d'être amis à cette table'. Il ne manque pas non plus d'églises, ouvertes de nuit, servant de gîte de fortune à des voyageurs de passage, ou encore d'hospices et d'institutions de bienfaisance spécialement conçus à proximité des lieux de culte pour les accueillir. Au terme de ce périple qui nous a conduit, grâce à Othmar Perler, sur les pas d'Augustin, comment ne pas citer cet extrait du sermon 23536 ou le grand voyageur qu'il fut, évoque toute la symbolique chrétienne de l'homo viator, en référence à la conduite des disciples d'Emmaüs: "Et toi, désires-tu la vie ? Fais ce qu'ils firent, et tu reconnaîtras le Seigneur. Ils lui ont offert l'hospitalité. Le Seigneur semblait résolu à poursuivre sa route au loin, mais ils l'ont retenu. Et lorsqu'ils sont arrivés au terme de leur voyage, ils lui ont dit: 'Reste avec nous, car le jour tombe' . Retiens l'étranger, si tu veux reconnaître ton Sauveur. Ce que le doute leur avait pris, l'hospitalité le leur a rendu. Le Seigneur s'est manifesté dans la fraction du pain. Apprenez ou chercher le Seigneur, apprenez ou le posséder, ou le reconnaître: en mangeant ".

 

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